« Dans les organisations, beaucoup de problèmes sont moins liés aux règles qu’à ce qui ne se dit pas »
Qu’est-ce qui vous a amené à orienter votre parcours professionnel vers le champ des relations sociales ?
Assez simplement, parce que j’ai constaté que le dialogue résout souvent plus de choses qu’on ne l’imagine. Pas de manière magique, ni immédiate, mais durablement.
Dans les organisations, beaucoup de problèmes sont moins liés aux règles qu’à ce qui ne se dit pas, où ne trouve pas d’espace pour se dire.
Le champ des relations sociales m’a attirée parce qu’il crée précisément ces espaces de régulation, indispensables dans un monde du travail fait avant tout de relations humaines, de tensions, de désaccords, parfois de peurs.
J’y vois un lieu où l’on peut transformer des oppositions en discussions, et des discussions en solutions concrètes. In fine, quand il est sincère et structuré, le dialogue permet très souvent de sortir par le haut.
Y a-t-il des faits marquants, des réalisations dont vous êtes particulièrement fière ?
Ce dont je suis la plus fière, ce n’est pas d’avoir « gagné » des négociations, mais d’avoir contribué à faire sortir les acteurs des jeux de posture.
Quand le dialogue social est réduit à un rapport de force, il devient souvent infécond : chacun campe sur ses positions, et le fond disparaît derrière la forme.
Les moments marquants de mon parcours sont ceux où j’ai vu des lignes bouger : quand des interlocuteurs acceptent de quitter la logique du face-à-face pour entrer dans une logique de recherche de solutions, parfois au prix d’un certain inconfort.
C’est là que le dialogue social révèle tout son potentiel : non pas comme un champ de bataille, mais comme un espace de construction, exigeant, mais profondément utile.
Vous êtes adhérente de l’association Réalités du dialogue social dont la vocation est de promouvoir le dialogue social. Pourquoi est-ce si important pour vous ?
Le dialogue social est pour moi un levier structurant de performance durable et de cohésion. Il permet de construire des décisions partagées, comprises, et donc réellement efficaces, dans un environnement social et économique en constante évolution.
Adhérer à Réalités du dialogue social, c’est accéder à un espace exigeant de réflexion et d’échanges, entre acteurs engagés et issus d’horizons complémentaires. Ce qui m’importe particulièrement, c’est cette diversité de regards : elle oblige à se décentrer, à questionner ses certitudes, et à enrichir sa pratique.
En tant que DRH, cette confrontation au réel nourrit mon action quotidienne et m’aide à faire vivre un dialogue social utile, responsable et ancré, loin des discours convenus ou des postures de principe.
Avez-vous vu un film, écouté un podcast ou lu un livre que vous recommanderiez à la Communauté Réalités du dialogue social ?
Je recommanderais 12 Hommes en colère de Sidney Lumet.
Ce film illustre de façon remarquable ce que peut produire un dialogue quand il devient un véritable outil de régulation collective. Un espace clos, des positions très tranchées, et pourtant, par la parole, l’écoute et le doute, une décision évolue.
Ce que j’aime dans ce film, c’est qu’il montre que le dialogue n’efface ni les tensions ni les désaccords, mais qu’il permet de les travailler. À bien des égards, c’est une métaphore du dialogue social tel que je le conçois : exigeant, parfois inconfortable, mais capable de transformer un rapport de force en intelligence collective.



