Réalités du dialogue social a reçu, le 16 octobre 2025, pour sa première initiative en présentiel en région Provence-Alpes-Côtes d’Azur à Marseille, le socio-économiste Joaquim TIMOTEO, Chef de la Mission «Études & Recherche», à l’INJEP-Institut National de la Jeunesse et de l’Éducation Populaire. Il est le co-auteur du recueil « Les chiffres clés de la jeunesse » édition 2025. Cette étude est le résultat d’une collaboration avec les services statistiques ministériels, l’INSEE et les organismes publics producteurs de données sur la jeunesse. Cette rencontre s’est déroulée dans un espace hautement symbolique : Les Jardins d’Haïti à Marseille, un lieu intergénérationnel faisant à la fois office d’Ehpad et de crèche.
Les jeunes sont la cible de nombreux stéréotypes : décrits comme paresseux, dépendants ou désengagés. Ces jugements réducteurs occultent la complexité d’une génération confrontée à de profondes mutations sociales, économiques et culturelles.
Qu’entend-on réellement par « jeunesse » ?
Cette période charnière entre enfance et âge adulte ne se résume plus à une simple succession d’étapes prévisibles. Les trajectoires se diversifient, les repères se déplacent, et cette transition s’allonge, reflet d’une société en mutation. Comprendre ces parcours, qui concernent 17,3 % de la population française en 2021 (les moins de 30 ans selon l’INJEP), c’est refuser les clichés, lutter contre la mésinformation et promouvoir le lien intergénérationnel, essentiel à la cohésion sociale.
Le but de cette rencontre : déconstruire 3 idées reçues sur la jeunesse sous le prisme des 3 crises économique, sociale et démocratique.


1. Crise économique
« Les jeunes ne veulent plus travailler »
📊 Le taux de chômage des 15-24 ans a baissé de 7,1 points entre 2012 et 2024.
Si le marché du travail semble s’être redressé, c’est souvent au prix d’une fragilisation des emplois, de plus en plus instables et précaires.
➡ Le marché du travail est de plus en plus fragmenté, les emplois précaires se multiplient : contrats courts, temps partiels subis, stages et alternances prolongées. Ces formes d’emploi, bien qu’elles fassent statistiquement baisser le chômage, ne garantissent pas une insertion durable ni un revenu stable.
➡ Il en résulte une inadéquation entre les compétences offertes et la demande économique. Les diplômes, encore protecteurs, sont toutefois de moins en moins valorisés sur le marché du travail. Les jeunes en subissent les conséquences, à travers une forme de « précarisation structurelle », inhérente à la nouvelle économie des plateformes et des services.
➡ La mondialisation et la numérisation ont transformé le marché de l’emploi : les entreprises privilégient l’adaptabilité et la flexibilité à long terme, externalisent les coûts et internalisent le risque sur les travailleurs. Les jeunes, souvent en début de carrière, sont les premiers exposés à cette instabilité.
2. Crise sociale
« Les jeunes sont d’éternels Tanguy »
📊 Les jeunes français quittent en moyenne le foyer familial à l’âge de 23,7 ans, versus 26,3 ans en Europe.
Un âge de décohabitation plus tardif que celui des jeunes dans les années 50, mais dont la conjoncture économique est en partie responsable.
➡ En 2023, 4,3 millions de jeunes de moins de 30 ans vivent avec un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté. Cela signifie qu’ils disposent de moins de 1 158 euros par mois (seuil de pauvreté fixé à 60 % du revenu médian selon l’Insee).
➡ Autrement dit, près d’un jeune sur quatre en France connaît une situation de précarité économique. Ce chiffre englobe aussi bien les étudiants sans revenu stable, les jeunes actifs en emploi précaire, que les chômeurs ou ceux vivant en alternance entre petits boulots et périodes d’inactivité.
➡ Cette réalité illustre plusieurs phénomènes : la difficulté d’accès à un emploi stable malgré la baisse du chômage global, la hausse du coût du logement et des dépenses essentielles, qui pèse fortement sur les jeunes autonomes.
3. Crise démocratique
« Les jeunes sont apolitiques, totalement désengagés »
📊 24,8% des 25-29 ans s’abstiennent systématiquement de voter aux élections présidentielles et législatives de 2022.
Un sentiment de dépolitisation qui s’explique davantage par une méconnaissance voire une défiance à l’égard des institutions et des partis traditionnels qu’une réelle indifférence.
➡ Beaucoup de jeunes perçoivent le vote comme un geste peu efficace dans un système qu’ils jugent verrouillé, éloigné de leurs préoccupations concrètes (logement, climat, emploi, etc.). Cette abstention doit être perçue comme un acte révélant leur désillusion plutôt qu’une réelle apathie politique. En guise de preuve, selon l’INJEP : seul 1 jeune sur 2 a le sentiment que son avis compte.
Cette génération ne s’est pas désengagée, mais elle s’engage autrement : manifestations, pétitions en ligne, actions collectives, militantisme écologique ou féministe, engagement associatif… Par exemple : 30% des jeunes de 16 à 30 ans ont donné une partie de leur temps bénévolement pour une association.
Cet éclairage sur la jeunesse a mené dans un second temps à des débats sur l’intégration et la position des jeunes dans l’entreprise, à travers le témoignage de consultants, dirigeants et autres témoins des enjeux et limites de l’intergénérationnel.
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Cette rencontre s’est conclue avec la volonté partagée d’approfondir sur le sujet : comment mieux intégrer la jeunesse ? comment faire de l’intergénérationnel un véritable objet de dialogue social ?
Voir l’aperçu vidéo du Décryptage social #7 : 3 idées reçues sur la jeunesse
Pour aller plus loin : consultez les publications de l‘INJEP.







