« Dans mon expérience, nous avons conclu bien plus d’accords que de désaccords»
Qu’est-ce qui vous a amené à orienter votre parcours professionnel vers le champ des relations sociales ?
Depuis mes études, j’ai toujours été convaincu que les relations entre les femmes et les hommes au travail sont au cœur de l’avenir du travail. Non seulement elles participent à créer de la valeur économique, mais elles fondent aussi une valeur humaine essentielle. Pour moi, les relations sociales sont un vecteur de reconnaissance, de sens, et de plaisir à travailler ensemble.
Cette dimension est multiple : elle englobe bien sûr les relations avec les organisations syndicales dans le cadre du dialogue social, mais aussi celles qui nous lient à nos collègues, à nos équipes, à nos managers. Elle dépasse les frontières de l’entreprise pour inclure les interactions avec les parties prenantes extérieures — associations, ONG, institutions. C’est un tout cohérent, fondamental pour faire vivre le travail dans toutes ses dimensions.
Y a-t-il des faits marquants, des réalisations dont vous êtes particulièrement fier ?
J’ai eu la chance de porter plusieurs négociations structurantes au sein de Saint-Gobain. Je pense notamment à celle sur la qualité de vie au travail, menée dans un climat d’échange exigeant avec les partenaires sociaux, ou encore à celle sur le télétravail, entamée en 2018, bien avant la crise du Covid.
L’un des moments les plus marquants de mon parcours a été la gestion du projet de notre nouveau siège social. Nous avons réfléchi collectivement, dès les premières esquisses, à ce que devait incarner ce lieu : un environnement aligné avec notre vision du travail fondée sur la confiance, le collectif, la responsabilisation. Nous avons pensé les espaces pour favoriser un mode de travail plus participatif, moins hiérarchique. Ce projet a été un levier majeur de transformation, notamment sur le plan numérique et organisationnel. Aujourd’hui, un tiers des salariés du groupe en France est concerné par des modalités de télétravail — un changement majeur.
Je suis également particulièrement attaché à une initiative que nous avons lancée après la crise sanitaire : la création de notre CFA d’entreprise, « Génération Saint-Gobain ». Ce projet reflète une conviction profonde : l’avenir des ressources humaines passe par l’alliance entre jeunesse et formation. Ce CFA, dont le nom a été choisi par la première promotion, incarne notre ambition de bâtir une trajectoire durable, capable de se transformer avec les générations.
Vous êtes adhérent de l’association Réalités du dialogue social dont la vocation est de promouvoir le dialogue social. Pourquoi est-ce si important pour vous ?
Le dialogue social est, selon moi, l’un des principaux moteurs de transformation et de progrès en entreprise. Il permet de construire, d’adapter, de faire évoluer les pratiques au fil du temps. Dans une organisation comme Saint-Gobain, leader mondial de la construction durable, avoir un outil aussi puissant que le dialogue pour bâtir collectivement prend tout son sens.
Cela commence toujours par l’écoute. Le dialogue social repose sur l’attention à l’autre, sur le respect de la diversité des points de vue. Ce travail de compréhension mutuelle est précieux. Il ne s’agit pas uniquement d’arriver à un accord – même si, dans mon expérience, nous avons conclu bien plus d’accords que de désaccords – mais de créer un cadre d’échange qui permet de faire émerger des solutions adaptées aux réalités de chacun.
J’ai aussi la conviction que le dialogue social doit évoluer avec le temps. Il s’enrichit de nouveaux enjeux, comme la santé mentale, la qualité de vie au travail ou la sécurité. Chez Saint-Gobain, nous avons lancé le programme « Je prends soin de moi », co-construit avec les partenaires sociaux, qui intègre des dispositifs de prévention en santé mentale. Ce programme fait écho à une autre initiative, « Je veille sur nous », consacrée à la sécurité au travail. Ce sont des politiques concrètes, pilotées de façon paritaire, qui démontrent l’impact très opérationnel du dialogue social.
Mon engagement au sein de l’association Réalités du dialogue social s’inscrit dans cette même logique de construction collective. Cet espace me permet de croiser les expériences d’autres entreprises, d’autres secteurs, d’autres cultures de dialogue. C’est un lieu d’ouverture qui enrichit la réflexion et permet de mieux saisir les évolutions de notre époque.
J’y trouve aussi une dimension européenne essentielle : comprendre les enjeux portés par d’autres pays, les dynamiques législatives de l’Union européenne, les différents modes d’organisation entre public et privé. Cette pluralité de regards est précieuse pour prendre du recul, sortir de sa propre réalité et porter un regard plus stratégique sur les mutations en cours.
Enfin, l’association est pour moi un laboratoire d’idées, un lieu d’échange de grande qualité, pragmatique et vivant. Elle me permet, très concrètement, de « lever la tête du guidon », de reprendre de la hauteur, et de mieux tracer les perspectives à venir.
Avez-vous vu un film, écouté un podcast ou lu un livre que vous recommanderiez à la Communauté Réalités du dialogue social ?
Le Podcast sur Victor Hugo : « Victor Hugo l’Homme qui vit ». Victor Hugo a traversé son siècle comme une force que rien n’arrête. Il a vécu le bonheur et empoigné le malheur avec la même énergie. Celle d’un homme qui vit. Toute son oeuvre a été écrite et dessinée à l’encre noire. Le génie, disait-il, c’est être un « semeur d’éblouissement ».




