Dominique Bousquenaud, secrétaire général de la fédération chimie – énergie de la CFDT

De mon œil de syndicaliste, j’analyse les Ordonnances Travail comme un échec.

Qu’est-ce qui vous a amené à orienter votre parcours professionnel vers le champ des relations sociales ?

J’ai adhéré à la CFDT il y a près de 35 ans. J’ai débuté ma carrière professionnelle dans une cristallerie. À cette époque, l’entreprise était en proie à des difficultés économiques avec de nombreuses suppressions de postes. C’est dans le cadre de ces restructurations que j’ai été élu représentant du personnel sous la bannière CFDT. Par la suite, je me suis orienté vers le syndicalisme interprofessionnel. Cela fait maintenant 11 ans que je travaille à la fédération chimie-énergie de la CFDT et j’en suis le secrétaire général depuis 5 ans.

Les organisations syndicales pâtissent d’une image dégradée ; l’opinion retenant celle du syndicaliste toujours en colère en train de manifester. Pourtant, je pense que les relations sociales sont toutes autres, notamment grâce à la négociation qui constitue un formidable outil pour construire ensemble et trouver un compromis entre des parties aux intérêts divergents.

Quel regard portez-vous sur le dialogue social aujourd’hui ? Quelles sont les évolutions souhaitables pour l’avenir ?  

Le dialogue social n’est pas le même en fonction du niveau où il s’exerce.

La mise en place des nouvelles instances représentatives du personnel à la suite des ordonnances Travail a bousculé le dialogue social dans les entreprises. Je déplore que nombre d’employeurs n’aient vu à travers cette réforme qu’une opportunité de réduire les heures de délégation, le nombre de mandats et de représentants. De mon œil de syndicaliste, j’analyse cette réforme comme un échec.

Au niveau des branches, là encore le dialogue social apparaît complexe. Depuis les ordonnances, une partie des champs de négociation qui appartenaient traditionnellement aux branches a été renvoyée à l’entreprise. Certaines organisations syndicales ont du mal à l’accepter et bloquent le dialogue.

Pour ce qui est de l’interprofessionnel, la dernière négociation sur l’assurance-chômage s’est soldée par un échec. Le gouvernement a repris la main et la loi s’est imposée. Actuellement, je vois peu de domaines sur lesquels les partenaires sociaux pourraient parvenir à un accord national interprofessionnel. La CFDT tente d’ouvrir des négociations sur des sujets relatifs à la qualité de vie au travail mais le patronat ne répond pas.

Je souhaite que l’on redonne au dialogue social plus de souplesse. En effet, les ordonnances Travail fixent un même cadre pour toutes les entreprises. Or, il faudrait que chacune d’entre elles puisse définir ce qui pourrait être leurs meilleures instances représentatives du personnel afin d’avoir un dialogue de qualité. Par ailleurs, afin de rendre le dialogue social plus performant, employeurs, managers et représentants des salariés devraient apprendre lors de formations communes à travailler ensemble. En effet, je suis convaincu que c’est par ce moyen que nous arriverons à progresser collectivement.

Vous êtes adhérent de l’association Réalités du dialogue social dont la vocation est de promouvoir le dialogue social. Pourquoi est-ce si important pour vous ?

Je suis persuadé que c’est par le dialogue que l’on peut faire fonctionner, avancer et progresser une société et son ensemble de partenaires (les pouvoirs publics, les représentants d’employeurs et de salariés et la société civile). Le dialogue social doit être une habitude permettant de dépasser les clivages et de surmonter les difficultés.

Avez-vous vu un film ou lu un livre que vous recommanderiez à la communauté Réalités du dialogue social ?

Syndiquez-vous ! de Laurent Berger écrit en collaboration avec le journaliste Claude Sérillon. Au travers de ce livre, le secrétaire général de

la CFDT donne des exemples concrets tirés de son expérience, notamment sur sa vision et sa pratique du dialogue social. Je le conseille à tout le monde, y compris aux représentants des employeurs.



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