4 questions à Jean-Baptiste Obeniche, responsable du pôle innovation, diversité et performance au travail au sein du groupe EDF

1. Qu’est-ce qui vous a amené à orienter votre parcours professionnel vers le champ des relations sociales ?

Le hasard ! J’ai travaillé, il y a longtemps, à l’ANPE en tant que directeur d’agence puis directeur territorial où j’ai pratiqué le dialogue social comme manager. Puis, j’ai eu la chance d’arriver à des fonctions dans des cabinets ministériels où j’ai appréhendé le dialogue social en tant qu’acteur public. Par la suite, j’ai été nommé Directeur général de l’ANACT (agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail) dont le conseil d’administration est tripartite. J’ai ensuite rejoint EDF et aujourd’hui, sur mon périmètre, je suis négociateur pour la Direction.

Comme vous pouvez le constater, j’ai eu des expériences avec différentes facettes mais ce que je retiens tout particulièrement, c’est la qualité de l’engagement des personnes que j’ai pu côtoyer, et c’est cet aspect du dialogue qui m’anime.

2. Quel regard portez-vous sur le dialogue social aujourd’hui ? Quelles sont les évolutions souhaitables pour l’avenir ?   

Tout d’abord, je pense qu’il n’y a pas un dialogue mais des dialogues qui se situent à plusieurs niveaux (national, interprofessionnel, fédéral, branche, entreprise…).

Ensuite, j’ai la sensation que nous ne prêtons pas assez attention aux organisations syndicales de salariés, sur ce qu’elles représentent, sur leur rôle. Je dirais même que l’on ne respecte pas assez leur travail, ce qui a deux conséquences.

D’une part, les organisations syndicales ne sont souvent pas associées en amont sur des sujets de fond. Dès lors, elles peuvent perdre en compétences. Mais aussi, se retrouver dans une posture défensive qui ne permet pas de caractériser des victoires. Or, pour que le dialogue soit attractif, il lui faut des victoires. C’est l’une des conditions pour que les organisations syndicales attirent de nouveaux talents.

D’autre part, ce désintérêt pour les organisations syndicales de salariés ne va pas dans le sens du progrès social. En effet, si le pilotage du dialogue ne relève que des directions ou du politique, nous risquons de nous retrouver dans une société déconnectée de la réalité. Je pense qu’il est nécessaire de confier plus de responsabilités aux partenaires sociaux car le dialogue social s’apprend et se pratique.

L’enjeu du dialogue social est son renouvellement face à un travail, une société qui évoluent. Les organisations syndicales et patronales doivent penser et créer des outils inédits de progrès social. Il faut également que le dialogue social permette d’aller plus loin que la loi, au risque de n’être sinon qu’une variable d’ajustement en entreprise. Pour cela, nous avons besoin d’acteurs de qualité, à égalité de dignité.

3. Vous êtes adhérent de l’association Réalités du dialogue social dont la vocation est de promouvoir le dialogue social. Pourquoi est-ce si important pour vous ?

Le dialogue social est important car il permet de trouver des compromis et d’arriver à des accords afin que tout le monde soit gagnant et que ce ne soit pas uniquement des renoncements. Par ailleurs, il faut que les salariés aient conscience que le dialogue social est producteur de droits. Un droit se produit collectivement et pas uniquement à l’Assemblée Nationale ou sur décision unilatérale de l’employeur. Enfin, je pense que le dialogue social est un moyen d’éviter les mouvements sociaux. A l’heure actuelle, parce que le pouvoir des organisations syndicales de salariés est amoindri, nous nous retrouvons avec un rapport de force qui est dans la rue, avec lequel les compromis sont plus difficiles à trouver.

4. Avez-vous vu un film ou lu un livre que vous recommanderiez à la communauté Réalités du dialogue social ?

Des hommes justes d’Ivan Jablonka. C’est un livre sur la transformation des hommes pour une société plus féministe, plus égalitaire. L’auteur cherche à inventer de nouvelles masculinités compatibles avec les droits des femmes et les droits de tous les hommes, sans se substituer à la place des femmes dans le combat pour l’égalité.



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