Françoise Chazaud, secrétaire générale Fédération FO des Arts, des Spectacles, de l’Audiovisuel et de la Presse


Les politiques ne savent plus pratiquer le dialogue social.                                                                                       


          

Qu’est-ce qui vous a amené à orienter votre parcours professionnel vers le champ des relations sociales ?

Cela remonte à mon enfance ! J’ai toujours aimé me sentir utile pour les autres et j’ai retrouvé dans le syndicalisme deux notions qui me sont chères : l’empathie et le partage.

J’ai commencé en tant que déléguée du personnel à Antenne 2 puis on m’a proposé de rejoindre le syndicat Force Ouvrière. Je n’avais jamais envisagé de faire carrière dans un syndicat mais cela m’a tout de suite plu car j’étais animée par une volonté de défense et de justice. Par ailleurs, j’ai trouvé cela extrêmement vivant, il n’y a aucune routine.

Depuis 2004, je suis secrétaire générale de la fédération FO des Arts, des Spectacles, de l’Audiovisuel et de la Presse. En 2015, j’ai été élue au conseil économique social et environnemental (CESE). Aujourd’hui, j’ai également des mandats au niveau international : je suis élue au comité exécutif d’UNI mondial et vice-présidence d’UNI MEI, (Uni Global Union – Media Entertainment & Arts), le syndicat mondial des médias, du spectacle et des arts qui réunit plus de 140 syndicats internationaux.

Quel regard portez-vous sur le dialogue social aujourd’hui ? Quelles sont les évolutions souhaitables pour l’avenir ?

Je trouve que l’on a beaucoup raillé et réduit le dialogue social à peau de chagrin. Cela engendre des épiphénomènes de révolte, de repli sur soi.

Au niveau national, les politiques ne savent plus pratiquer le dialogue social, cela devient presque « ringard » d’écouter les syndicats. Preuve en est l’actualité avec la réforme des retraites. Légalement, les projets de réforme doivent être portés en amont, à la connaissance des confédérations, aujourd’hui, cela n’est pas fait ou alors cela est fait a minima.

Il en va de même dans l’entreprise, avec la fusion des instances et les ordonnances Macron, le nombre d’élus a été réduit. Avant, lorsque je négociais, il y avait une forme d’écoute et de respect respectifs. Nous pouvions enrichir les débats de façon positive en apportant notre connaissance du terrain. Aujourd’hui, les directions arrivent avec des projets pratiquement déjà bouclés, il n’y a pas de place pour les débats.

Je souhaite que l’on rétablisse la place du syndicalisme et que celui-ci retrouve toute sa légitimité et sa nécessaire utilité. Il faut arrêter de dire que les syndicats ne représentent que 8 % des salariés car ils représentent aussi la voix de ceux qui ne peuvent plus parler.

La législation aussi devrait évoluer et rendre l’adhésion à un syndicat obligatoire pour bénéficier des accords collectifs et des avantages que ces derniers ont négociés, comme le fait le syndicalisme nordique. Et là, mathématiquement, le nombre d’adhésions augmenterait.

Vous êtes adhérent de l’association Réalités du dialogue social dont la vocation est de promouvoir le dialogue social. Pourquoi est-ce si important pour vous ?

Une adhésion marque une affirmation de ce que l’on souhaite : nous aspirons à un dialogue social au niveau de la fédération et de la confédération. Le dialogue social est capital et l’association Réalités du dialogue social est un lieu où l’on peut le pratiquer, rencontrer et partager ses idées avec des personnes que nous ne croiserions pas automatiquement et que nous n’aurions pas l’occasion d’entendre, d’écouter ailleurs.

Avez-vous vu un film ou lu un livre que vous recommanderiez à la communauté Réalités du dialogue social ?

Dernièrement, j’ai lu Louis XIV – L’enfant roi de François-Guillaume Lorrain qui m’a marqué par sa dimension humaine. Je le conseille à tous les hommes d’Etat ou à responsabilité car l’histoire se répète toujours : « nous devrions être sage de l’histoire ».

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