Marianne Salvetat Bernard, avocate spécialiste en droit du Travail

« Il faut se donner la possibilité de rediscuter dans un ou deux ans des accords négociés aujourd’hui »

Qu’est-ce qui vous a amené à orienter votre parcours professionnel vers le champ des relations sociales ?

En premier lieu, ma formation juridique a placé les relations sociales au cœur de mon activité. J’interviens auprès des entreprises en accompagnement du dialogue social, certes avec le prisme juridique mais pas seulement. Au fil des années, je me suis rendue compte que pour être bon conseil, il faut comprendre ce qui se joue dans les relations entre les diverses parties prenantes, comprendre et faire évoluer l’art de dialoguer. C’est la raison pour laquelle, je suis revenue sur les bancs de l’université pour suivre le DU de Montpellier « Droit et pratique du dialogue social », qui bien avant la loi El Khomri avait institué la formation commune pour les représentants d’employeur et les élus syndicaux.

Ce dispositif aborde la négociation comme un outil à part entière ; c’est une formation tout autant sur les postures que sur l’avenir du dialogue social. Grâce à des mises en scène, des jeux de rôle, elle permet une véritable prise de conscience des enjeux des deux parties prenantes du dialogue social. Quand on endosse le rôle de l’autre partie, on change de perspective sans pour autant se défaire de ses opinions. De ce fait, on s’exprime différemment et on fait valoir ses positions autrement. A titre personnel, cela apporte beaucoup d’humilité car on sort de sa zone de confort. Je poursuis aujourd’hui cet apprentissage avec une nouvelle formation en sociologie des organisations, indispensable pour exercer son métier d’avocat.

Quel regard portez-vous sur le dialogue social depuis le début de la crise provoquée par la pandémie de covid-19 ? Quelles sont les évolutions souhaitables pour l’avenir et quelles seraient les pratiques à conserver ?

Ce qui m’a énormément marquée est le réveil des organisations syndicales, dans le sillage de la sensibilisation grandissante de la population, sur la question écologique. Après l’état d’urgence, il y a une sorte d’effet rebond sur le fond des sujets. Et c’est un enjeu sur lequel les organisations syndicales ont leur mot à dire. Même si elles sont parfois confrontées à un antagonisme entre leur mission historique de défenseur du social, des emplois, et la nécessité d’agir pour la préservation de l’environnement.

Dans les éléments souhaitables à conserver, je dirai, dans la manière de dialoguer, les accords de méthode qui constituent un intermédiaire dans la négociation, permettent de traiter les dossiers sur le fond et de ne pas de perdre du temps. Même si ce type d’accords est loin d’être une nouveauté, la pandémie a obligé à se poser la question du comment et contraint les partenaires sociaux à tenter d’autres pratiques. De la même façon que pour le télétravail, on discute maintenant de ce qu’on garde ou pas des expérimentations dans le dialogue social.

Autre évolution souhaitable : rester réflexif, se donner la possibilité de rediscuter dans un ou deux ans des accords négociés aujourd’hui. Cette approche montre une sorte de maturité. Le suivi des accords reste le parent pauvre du dialogue social mais désormais il est nécessaire de repasser par la case négociation. Le curseur est à placer en fonction de chaque structure ; le dialogue doit porter autant sur le fond que sur la manière de dérouler la négociation ; cela nécessite une formalisation mais avec une durée au bout de laquelle on peut réétudier la question.

Enfin je terminerai par deux vœux :

  • celui de désacraliser le dialogue social au sein des PME. Le choix de se passer d’intermédiaires ne me semble pas judicieux ; les représentants du personnel sont d’autant plus importants sur des sujets tels que les risques psycho-sociaux et l’organisation du travail,
  • celui de démocratiser la formation des élus mais aussi des RRH au dialogue social. Pour rendre davantage la discussion productive, les personnes doivent être rompues à la négociation collective.

Vous êtes adhérent de l’association Réalités du dialogue social dont la vocation est de promouvoir le dialogue social. Pourquoi est-ce si important pour vous ?

Le projet associatif est conforme à ma vision. L’association donne des espaces de parole à tout le monde ; a une façon juste de voir les relations sociales, pas de manière idéalisée mais en mettant l’accent sur la notion de liens et d’échanges, avec un positionnement paritaire.

Et promouvoir le dialogue social est vital pour l’avenir de l’entreprise. La notion de représentation mériterait qu’elle soit retravaillée, réinvestie. Dans le dialogue il est important d’avoir des représentants qui peuvent porter la voix des salariés tout en ayant une vision globale, une compréhension de l’organisation.

Avez-vous vu un film, écouté un podcast ou lu un livre que vous recommanderiez à la Communauté Réalités du dialogue social ?

Le podcast « pour que nature vive » produit par le Muséum national d’Histoire naturelle donne la parole aux professionnels du musée, des primatologues, anthropologues…  il nous fait comprendre l’environnement naturel dans lequel nous vivons et prendre conscience que la planète est bien vivante.



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