Briefing Note : dialogue social européen et Covid-19

La mise en veille de nombreux secteurs de l’économie pendant le confinement se solde par l’une des pires crises économiques et sociales de ces dernières années, avec une chute annoncée de 9 % du PIB de la zone euro en 2020 et un quasi-doublement du taux de chômage. Les institutions et gouvernements européens semblent cette fois avoir abandonné l’austérité en faveur de mesures extraordinaires (dette publique commune, chômage partiel, investissements publics…) pour soutenir le tissu économique, les entreprises et les travailleurs de l’UE.

Cette crise représente aussi une opportunité pour rappeler l’importance du dialogue social et la capacité des partenaires sociaux à négocier et rechercher des compromis, à tous les niveaux. Or, la moitié des mesures anti-covid en Europe recensées par Eurofound aurait été adoptées sans accord, ni implication des partenaires sociaux. En revanche, l’agence européenne souligne que la négociation collective au niveau de l’entreprise joue un rôle primordial, en particulier dans la gestion du chômage partiel.

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La métallurgie fait partie des secteurs les plus touchés par la crise sanitaire, économique, sociale provoquée par la pandémie, notamment certaines de ses branches qui connaissaient déjà quelques difficultés en 2019 (comme l’automobile et la production de métaux) ou celles qui dépendent largement de la mobilité (comme par exemple, le secteur aérospatial). De plus, les entreprises de ces filières sont généralement de grandes multinationales dotées de chaînes d’approvisionnement complexes, constituées de nombreuses PME et avec des établissements dans différents pays. Par exemple, le domaine aérospatial constitue la source directe de plus de 800.000 emplois en Europe et sa survie est strictement liée à celle des compagnies aériennes. Les experts considèrent que le nombre de vols retournera aux niveaux d’avant la crise seulement dans cinq ans. Dans ce cadre, Airbus a déjà constaté une forte réduction des commandes d’avions et annoncé des suppressions d’emplois massives. De même, Boeing a annoncé son intention de réduire de 10% ses effectifs actuels. Le secteur automobile n’est pas non plus en bonne santé. Selon ACEA, l’organisation patronale représentant les constructeurs automobiles, plus d’un million d’emplois sont menacés (encore plus si l’on considère la chaîne des fournisseurs) ; l’Allemagne, la France et l’Italie étant les pays les plus touchés. L’industrie sidérurgique, qui avait déjà enregistré une très forte baisse de sa production en 2019, a encore connu une contraction au cours du premier trimestre de 2020. Cela serait l’effet de la baisse de la demande suite à l’arrêt de la production de secteurs tels que l’aérospatiale et la construction. Cette situation contribue alors à creuser davantage l’écart avec les concurrents chinois.

Les partenaires sociaux européens sectoriels, Ceemet et IndustriAll Europe, sont parvenus à une déclaration commune saluant positivement les mesures de soutien prises par l’UE jusqu’à présent (comme les nouvelles lignes de crédit du MES ou le SURE), mais ils estiment que ces réponses ne sont suffisantes que comme formes de soulagement temporaire. Leur déclaration souligne que le secteur industriel européen a besoin d’investissements plus robustes et plus rapides pour soutenir la reprise et, surtout, d’une vraie politique industrielle à l’échelle de l’UE pour dessiner ensemble et de façon coordonnée le lendemain de la crise. Ceemet et IndustriAll Europe ont également remarqué l’importance primordiale du dialogue social et de la négociation collective pour gérer la crise. Ils ont tenu à rappeler que les partenaires sociaux ont intensifié leur coopération et ont négocié de nombreux accords proposant des solutions innovantes qui ont permis de reprendre la production et de sauvegarder l’emploi et les revenus tout en offrant un environnement de travail sûr. Dans cette perspective, ils demandent que le dialogue social tripartite et bipartite ainsi que les négociations collectives demeurent la boussole pour la mise en œuvre du plan de relance.

En France, l’UIMM, la CFDT, FO et la CFE-CGC ont récemment présenté une proposition de plan de relance visant à mobiliser les investissements (notamment vers la décarbonisation et la digitalisation de la production industrielle ainsi que pour faciliter la relocalisation et l’expansion des activités industrielles), renforcer la coopération entre les entreprises et définir des programmes de formation des salariés plus adaptés aux nouveaux défis.

Ce qui est probablement le point le plus intéressant est le fait que les partenaires sociaux nationaux – comme ceux du niveau européen – assument la responsabilité de jouer le rôle des protagonistes de la relance et du renforcement du secteur industriel dans les années à venir, en l’accompagnant vers une transition verte et numérique.

16/09/2020. Rencontre avec Isabelle Barthès, secrétaire générale adjointe d’IndustriALL Europe et Isabel Sobrino Maté, conseillère politique au sein du CEEMET

À suivre :

23/09/2020 : Commerce & Distribution

30/09/2020 : Secteur Public



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